Prescription d'une créance commerciale : le délai de 5 ans expliqué

Recouvrement de créances pour les entreprises - Praetoria

Une créance commerciale ne peut pas être réclamée indéfiniment : passé un certain délai, elle devient juridiquement irrécouvrable, quel que soit son montant ou sa légitimité. Connaître ce délai - et surtout ce qui peut l'interrompre ou le suspendre - permet d'agir à temps et de sécuriser le recouvrement avant qu'il ne soit trop tard.

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Les 4 points clés de la prescription commerciale

Le délai de 5 ans n'est pas figé : son point de départ, ses causes d'interruption et de suspension peuvent tout changer pour votre dossier. Voici l'essentiel avant d'entrer dans le détail.

01

Délai légal - 5 ans

La prescription commerciale est fixée à 5 ans par l'article L. 110-4 du Code de commerce, applicable aux relations entre commerçants ou avec un non-commerçant.

02

Point de départ

Le délai court à compter du jour où le titulaire de la créance a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir - généralement la date d'exigibilité.

03

Interruption

Une action en justice, une reconnaissance de dette du débiteur ou certaines mesures d'exécution remettent le compteur à zéro.

04

Suspension

Une médiation, une conciliation ou une expertise ordonnée en référé mettent le délai en pause sans l’effacer. Une simple négociation, elle, ne suspend rien.

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Nos références

La règle est posée par l'article L.110-4 du Code de commerce : les obligations nées à l'occasion de leur commerce entre commerçants, ou entre commerçants et non-commerçants, se prescrivent par 5 ans, sauf délais plus courts prévus par des textes spéciaux.

Concrètement, une facture impayée entre deux sociétés, une commande de marchandises entre fournisseur et distributeur ou une prestation entre professionnels relèvent d’un délai de 5 ans. Exception importante : lorsque le débiteur est un consommateur, l’action du professionnel se prescrit par 2 ans (article L. 218-2 du Code de la consommation).

‍Attention à ne pas confondre avec le délai civil. L’article 2224 du Code civil fixe lui aussi un délai de principe de 5 ans pour les actions personnelles ou mobilières. Les deux délais ont la même durée ; c’est surtout la juridiction compétente et les règles de preuve qui changent selon la nature, civile ou commerciale, de la créance.

Quelques exceptions existent : certaines actions spécifiques (fourniture de matériaux pour un navire, nourriture livrée à un équipage) bénéficient d'un délai réduit à 1 an. Ces cas restent toutefois marginaux dans la pratique du recouvrement de créances commerciales classique.


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Quel délai de prescription selon la nature de la créance ?

Type de créance Exemple concret Délai Référence
Créance commerciale Facture impayée entre deux sociétés, prestation B2B, vente de marchandises. 5 ans Article L.110-4 du Code de commerce.
Créance civile Prêt entre particuliers, dette locative civile, reconnaissance de dette privée. 5 ans Article 2224 du Code civil.
Créance contre un consommateur Professionnel réclamant le paiement d’une prestation à un particulier consommateur. 2 ans Article L.218-2 du Code de la consommation.
Créance spécifique Certaines créances maritimes, transport, assurances ou régimes spéciaux. Délai spécial possible.
Parfois plus court que 5 ans.
Texte spécial applicable selon la nature de l’opération.
Bon à savoir : Toutes les créances ne relèvent pas automatiquement du délai commercial de 5 ans.

Le point de départ du délai

C’est le point le plus mal compris - et souvent celui qui fait perdre une créance par erreur de calcul. Le délai de 5 ans ne démarre pas toujours à la date d'émission de la facture.

Par application de l’article 2224 du Code civil, le délai court à compter du jour où le créancier a connu, ou aurait dû connaître, les faits lui permettant d'exercer son droit.

Selon la nature de la créance et les circonstances, la jurisprudence retient notamment :

→ la date d'exigibilité de la créance, fixée par le contrat ou la facture (échéance de paiement) ;
→ ou, dans certains cas, la date d’achèvement de la prestation, de la livraison ou d’établissement de la facture.

Un exemple : une facture émise le 1er mars, payable à 60 jours, devient exigible fin avril. Selon l’analyse retenue, le délai peut partir de l’une ou l’autre de ces dates. Par prudence, calculez toujours à partir de la date la plus ancienne (livraison, fin de prestation ou facture) et agissez avant son expiration.

À l’inverse, avant d’abandonner une créance ancienne en pensant qu’elle est prescrite, faites vérifier les dates réelles et les éventuelles causes d’interruption : une créance que l’on croit perdue peut encore être réclamée.

Situation Facture Échéance Départ Prescription
Payable immédiatement 1er mars 2026 1er mars 2026 1er mars 2026 1er mars 2031
Payable à 30 jours 1er mars 2026 31 mars 2026 31 mars 2026 31 mars 2031
Payable à 60 jours 1er mars 2026 30 avril 2026 30 avril 2026 30 avril 2031
Avec échéancier 1er mars 2026 Plusieurs dates Chaque échéance impayée 5 ans par échéance

Les causes d'interruption

L'interruption produit un effet radical : le délai déjà écoulé est totalement effacé, et un nouveau délai complet de 5 ans recommence à courir dès la survenance de la cause interruptive. C’est l’outil le plus efficace pour sécuriser une créance qui approche de sa date de prescription. Trois causes d’interruption, prévues par les articles 2240, 2241 et 2244 du Code civil :

→ 1. L'action en justice Assigner le débiteur devant le tribunal compétent - même en référé, même si la juridiction se révèle finalement incompétente - interrompt la prescription. C'est l'un des réflexes essentiels lorsqu'un délai arrive à échéance et qu'aucune solution amiable n'a abouti.
→ 2. La reconnaissance de dette par le débiteur Tout acte par lequel le débiteur reconnaît sans équivoque le droit du créancier interrompt le délai. Concrètement : un paiement partiel, un courrier admettant devoir la somme, une demande de délai de paiement ou un échéancier signé.
→ 3. Une mesure d'exécution forcée ou conservatoire Une saisie-attribution, une saisie-vente, ou une mesure conservatoire pratiquée sur les biens du débiteur interrompt également le cours de la prescription.
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Bon à savoir : une simple mise en demeure n'interrompt pas la prescription à elle seule. Elle a un effet utile (mise en demeure de payer, point de départ des intérêts), mais seule une démarche judiciaire, une reconnaissance de dette ou une mesure d'exécution produit l'effet interruptif recherché.

Les causes de suspension

La suspension fonctionne différemment de l'interruption : elle met le délai en pause, sans effacer le temps déjà écoulé. Une fois la cause de suspension terminée, le décompte reprend là où il s'était arrêté, pour la durée restante.

La cause de suspension la plus fréquente en matière commerciale est le recours à la médiation ou à la conciliation (article 2238 du Code civil), ou à une procédure participative. Dès lors que les parties conviennent, après la survenance du litige, de recourir à ces modes amiables, la prescription est suspendue :

→ à compter du jour où les parties conviennent, de préférence par écrit, de recourir à la médiation ou à la conciliation, ou à défaut du jour de la première réunion ;
→ jusqu’à la date à laquelle l’une des parties, ou le médiateur ou conciliateur, déclare la procédure terminée. Le délai recommence alors à courir pour une durée qui ne peut être inférieure à 6 mois.

Autres causes de suspension : l’impossibilité d’agir du créancier (force majeure, article 2234), ou une mesure d’instruction ordonnée par le juge des référés avant tout procès, comme une expertise (article 2239). Attention : une simple négociation entre les parties, sans médiation ni conciliation, ne suspend pas le délai.

En résumé : une médiation ou une conciliation formalisée permet de négocier sans laisser filer le délai, à condition que l’accord des parties pour y recourir soit clairement établi, par écrit de préférence. Une simple discussion ne suffit pas : si l’échéance approche, seule une action en justice ou une reconnaissance de dette écrite protège la créance.
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À lire aussi : avant que le délai n’expire, les étapes du recouvrement d’une facture impayée, de la relance à la procédure.

FAQ - Prescription commerciale

Le délai de prescription commerciale est-il toujours de 5 ans ?

Oui, dans la grande majorité des cas, en application de l’article L. 110-4 du Code de commerce, pour les obligations nées entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants. Deux exceptions : 2 ans lorsque le débiteur est un consommateur, et quelques délais spéciaux plus courts (1 an), notamment en matière maritime.

Une simple relance par mail interrompt-elle la prescription ?

Non. Une relance ou une mise en demeure, même par lettre recommandée, n'interrompt pas le délai à elle seule. Seuls une action en justice, une reconnaissance de dette claire du débiteur, ou une mesure d'exécution forcée produisent cet effet.

Que se passe-t-il si le débiteur paie une partie de sa dette ?

Un paiement partiel constitue une reconnaissance de dette. Il interrompt la prescription, et un nouveau délai de 5 ans repart en intégralité à compter de ce paiement.

Peut-on suspendre la prescription en négociant à l'amiable avec le débiteur ?

Oui, à condition que la négociation prenne la forme d'une médiation ou d'une conciliation formalisée, avec accord des deux parties. Une simple discussion informelle, sans cadre défini, ne suffit pas à suspendre le délai.

Comment savoir si ma créance commerciale est déjà prescrite ?

Il faut d'abord identifier la date exacte d'exigibilité (et non la date de facture), puis vérifier si une cause d'interruption ou de suspension est intervenue depuis. Un avocat en recouvrement peut réaliser ce calcul précisément avant d'engager toute démarche.

Votre créance commerciale approche du délai de prescription ?

Avant d’abandonner un impayé ou d’engager une procédure dans l’urgence, il est essentiel de vérifier la date exacte d’exigibilité, les éventuelles causes d’interruption et les démarches encore possibles. Le cabinet vous accompagne pour sécuriser votre créance, interrompre la prescription lorsque c’est encore possible et engager une procédure de recouvrement adaptée à votre dossier.

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